Lourdes est le deuxième plus grand sanctuaire d’apparitions en ce monde si on se base sur le statistique de six millions de visiteurs. Mais Lourdes n’est pas un objet de foi divine selon la formule de Saint Pie X : « Il n’y a jamais certitude sur le fait d’une apparition » (encyclique Pascendi -1907). Ce n’est donc pas de foi divine, comme l’Ecriture, mais de foi humaine que les catholiques croient à Lourdes car il ne s’agit pas d’un fait fondé sur la Tradition et l’Ecriture issue des Apôtres, mais d’un fait particulier dans la vie ultérieure de l’Eglise.
- L’authenticité de Lourdes n’est pas affirmée par l’Eglise au titre de la Révélation, mais par discernement d’un fait récent mais dont les fondements sont particulièrement solides. Ce discernement par une commission exceptionnelle où siégeait le curé de Lourdes, témoin secret au confessionnal des fruits quotidiens et d’autres personnalités exemplaires comme l’Abbé Baradère et le professeur agrégé de médecine Vergez, responsable du dossier des sept guérisons fut particulièrement remarquable.
Bernadette y fut un extraordinaire témoin. Pauvre entre les pauvres dans la plus misérable maison de Lourdes. La famille Soubirous avait trouvé refuge dans l’ancienne prison désaffectée pour cause d’insalubrité : une seule fenêtre à barreaux de fer donnant sur un fumier de poules particulièrement puant. En 1856 François Soubirous y fut arrêté à la suite d’un vol de farine durant la famine sur le témoignage du boulanger Maisongrosse qui accusa François devant le tribunal en disant :
« L’état de sa misère m’a fait penser qu’il pouvait être l’auteur de ce vol ».
Deux ans plus tard, c’est du « cachot » que Bernadette partit un matin, sans pain ni argent, pour ramasser du bois et des os et payer le pain de survie : 6 sous.
Huit jours après la première apparition, le 18 février, Bernadette aussi pauvre d’intellect que du reste dut affronter le personnel judiciaire de Lourdes. Elle n’avait jamais été à l’école ni au catéchisme et ne savait ni lire ni écrire. Elle ne savait que son chapelet. Dès le premier interrogatoire, elle tint tête au commissaire qui en perdit contenance témoignent Jean-Baptiste Estrade et sa sœur mais aussi la fin de son interrogatoire ou dans ses feintes accusatrices, son écriture grossit de moitié.
Même scénario chez le procureur Dutour « Il ne savait plus trouver le trou de l’encrier » observe judicieusement Bernadette. Durant huit années ce furent des interrogatoires quotidiens qu’elle soutint seule ou sous la houlette des sœurs. Elle tenait en échec adversaires et partisans ; qu’ils soient pour ou contre, elle disait aux uns:
« Je ne suis pas une saintoune » ou même « Qu’ils sont bêtes » quand ils tentaient de découper un petit morceau de sa robe ; et aux autres :
« Je suis chargée de vous le dire mais pas de vous le faire croire ».
Rarement un tel témoignage est passé avec tant de force et dans des conditions aussi difficiles.
- Il y a, bien sur, les miracles de Lourdes, scientifiquement contrôlés, malgré la difficulté d’obtenir des hôpitaux des pièces médicales au vu d’un constat de guérison miraculeuse. Zola, qui enquêta minutieusement du fait de Marie Lebranchu dans son roman où il évoquait avec admiration l’immense espérance de Lourdes mais avec la conclusion qu’elle était illusoire.
(René Ternais, « Zola et son temps » Dijon, Université, 1961 p.205-207).
- Plus profondément encore, Lourdes s’impose comme geyser de créativité. Depuis plus d’un siècle et demi, on y crée des pèlerinages spécialisés : d’aveugles, de déséquilibrés mentaux, de malades soumis à des dialyses avec transport de tous les appareils nécessaires de l’hôpital au train et à Lourdes.
Lorsqu’on y fit le premier pèlerinage des déséquilibrés mentaux, les commerçants fermèrent leurs rideaux : la somme énorme qu’on payait pour couvrir ce pèlerinage fut soldée à « zéro » sans le moindre incident. Le pèlerinage suivant fut plus économique. Enfin, une affluence croissante de médecins, infirmières, jeunes qui passent leurs vacances à soigner les malades dans des hôpitaux hautement spécialisés en payant leur voyage constitue un témoignage permanent et bouleversant au rebours des intérêts de ce monde. Des réunions entretiennent la flamme durant la saison d’hiver où Lourdes est au point mort pour les malades, mais de moins en moins longtemps. Les derniers pèlerinages qui avaient lieu chaque année au 10 octobre et reprenaient après pentecôte se prolongent désormais jusqu’à début novembre et redémarrent à Pâques.
- Lourdes a été la cible de toutes les attaques rationalistes.
On a longtemps publié des livres expliquant le fait de Lourdes par une anecdote pittoresque : Madame Pailhasson, la plus belle femme de Lourdes, surprise en rendez vous galant à la Grotte avec un lieutenant d’artillerie qui se serait réfugié dans la niche et que Bernadette aurait pris pour la Vierge…Outre l’extrême difficulté de l’escalade, qui aurait nécessité une échelle, madame Pailhasson venait d’accoucher de son cinquième enfant à la veille de l’apparition.
Le docteur Valot et d’autres publiaient presque chaque année jusqu’au centenaire (1958) des livres qui semblaient prouver l’inexistence de Lourdes, en premier lieu celle des guérisons, en décroissance constante et qui tendaient vers le zéro absolu !
Cette diminution s’explique par les exigences croissantes de la reconnaissance médicale du miracle. Elle connut son plus grand creux après la guérison de Vittorio Micheli (1963) qui ne fut reconnue qu’en 1976. Une fréquence plus régulière s’est établie avec Serge Perrin (Angers) guéri en 1970 et reconnu en 1976 et Delizia Cirolli (Italie) guérie en 1976 et reconnue en 1989.
Les guérisons sont en fait très nombreuses dans les dossiers, mais il manque le plus souvent quelque pièce pour apporter la triple preuve qu’il y avait bien telle maladie, guérison complète, instantanée ou rapide, contraire à l’expérience et à la pratique médicale et les médecins butent souvent sur la 3ème question : Est-ce inexplicable ?
Mais surtout on s’était polarisé sur les guérisons « médicales » et l’évêque chargé de reconnaître le caractère « miraculeux » de la guérison recommençait l’étude du dossier médical déjà clos par le jugement de la commission nationale et de la commission internationale. Aujourd’hui on en revient au double constat : le fait de la guérison jugé par les médecin et les circonstances miraculeuses jugées par l’évêque : prières et autres signes surnaturels. Rappelons que des centaines de miracles ont été retenus par les archives du bureau médical mais n’ont pu aboutir faute de trouver toutes les preuves.
On s’est aperçu progressivement que cette formule n’était pas la bonne. En 1900, le scientisme disait : « la science prouvera que le miracle et impossible ». A cela l’élaboration des constats opposait : « prouvons un seul miracle et le scientisme est par terre ». En matière scientifique et surtout médicale on table sur une convergence de probabilités et c’est à l’intérieur de cette évidence que se situe la liste des miracles, qui pourraient être répartis sur un plus large éventail. Aujourd’hui, les certitudes sont donc plus rares et compliquées par la multiplicité croissante des tests exigés et par la répugnance des médecins à voter la troisième question : est-ce inexplicable ? Ce que beaucoup entendent dans l’état actuel de la science.
Selon le principe même de la science et de l’étiologie qui doivent s’en tenir aux causes matérielles et profanent, les guérisons reconnues sont donc peu nombreuses. Certaines pourraient être soumises à l’évêque sans exiger la certitude de tous les médecins comme l’a fait Mgr Perrier pour la dernière guérison.
- J’ai passé trente ans de ma vie à écrire trente volumes scientifiques, c’est-à-dire fondés pas à pas sur des preuves. Après le premier, le docteur Valot qui annonçait pour le centenaire des preuves historiques contre Lourdes, renonça loyalement et l’a clairement déclaré dans « la raison », organe de la libre pensée, en octobre 1956.
Ainsi ai-je publié successivement
- Lourdes, documents authentiques (7 volumes, 1958-1965, Paris)
- Lourdes, histoire authentique des apparitions (6 volumes) 1961-1964
- Vie de Bernadette en plusieurs formats, le plus important : Bernadette nous parle, 1978
- Le visage de Bernadette, 2 volumes, 1978.
75 photos et ses portraits montrent comment le visage de Bernadette exprime son caractère et sa sainteté à la lumière des deux sciences du visage : psychomorphologie et prosopologie dont les créateurs (Dr Corman ; Dr Ermiane) ont disparu sans laisser l’exposé de leurs principes.
- Lourdes, pèlerinage pour notre temps, 1977, sur l’évolution ultérieure.
- Mgr. Branthomme et Ch. Touvet, Histoire des Sanctuaires de Lourdes,(N.D.L. 2005) (N.B. Les tomes 3 et suivants sont publiés sous le seul nom de Chantal Touvet)
Cette œuvre complète l’histoire de Lourdes au plan de l’institution et des évènements quotidiens, ce que j’aurais voulu faire par la continuation des documents authentiques année par année. Mais don B. Billet à qui j’avais confié cette tâche préféra s’investir à fond dans la pastorale de Lourdes.
- Depuis plus d’un siècle et demi, Bernadette reste le seul témoin et l’inspiratrice de tout ce qui se fait à Lourdes qu’elle illustre à la fois par
- ses souffrances de pauvre jusqu’en1858,
- de voyante et de témoin des apparitions du 21 février 1858 jusqu’à sa mort,
- par les épreuves de sa vie religieuse et de sa mort dont l’abbé Febvre a laissé ce dramatique raccourci : « Un asthme chronique, déchirement de la poitrine, accompagné de vomissements de sang qui ont duré deux ans. Anévrisme (développement de l’aorte, une gastralgie, une tumeur au genou…Enfin, pendant les deux dernières années, la carie des os, en sorte que son pauvre corps était le réceptacle de toutes les douleurs. Entre temps, des abcès se formèrent dans les oreilles de sœur Marie-Bernard et l’affligèrent d’une surdité partielle qui lui fut très pénible et ne cessa que quelque temps avant sa mort. »
Don Philibert fondateur du monastère de Tournaille qu’il voulut proche de Lourdes, avait eu le premier cette intuition qui a servi toute mon œuvre : il prêchait des retraites entières avec les seules paroles de Bernadette, profondes et pittoresques. J’ai servi son projet en publiant Loggia de Bernadette : l’analyse scientifique et claire de toutes ses paroles par tous les témoignages qui restent une source pour tous les prédicateurs.
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